Il y a 453 ans, le massacre de Fort Caroline


Le 20 septembre 1565, à Fort Caroline, dans l'actuel état de Floride, aux Etats-Unis, 200 colons protestants français sont massacrés par l'armée espagnole. Les seuls survivants sont les 50 femmes et enfants faits prisonniers. Tous les autres sont exécutés sur les berges d'une rivière qui, depuis, porte le nom espagnol de Matanzas (Massacre).

La petite colonie française de Fort Caroline (en référence au roi Charles IX) a été fondée, trois ans auparavant, sur le fleuve Saint-Johns, à l'emplacement de l'actuelle Jacksonville (Floride), par René de Goulaine de Laudonnière, suite à une expédition mandatée par l'amiral protestant Gaspard II de Coligny. Les Indiens Timucuas, implantés dans la région, aident les Français à construire un fort en bois, de forme triangulaire. Mais, leurs rapports avec les colons se dégradent. Ces derniers s'apprêtent à abandonner la place fortifiée, lorsqu'en août 1565 des renforts arrivent de France. Mais, les colons français se sont installés sur un territoire revendiqué par le roi d'Espagne, Philippe II. Celui-ci ordonne d'en chasser les intrus.

Le 20 septembre  1565, l'amiral espagnol Pedro Menéndez de Avilés, futur gouverneur de Floride, attaque par voie terrestre, Fort Caroline, qui n'est plus défendu que par 250 colons français. Il en fait exécuter 200, non en raison de leur nationalité française, mais parce qu'ils sont protestants. Donc, hérétiques pour l'Espagne, propriétaire de la Floride. Cette tragédie met fin à la présence française dans cette partie des futurs Etats-Unis.

Administré par le service des parcs nationaux américains, en association avec le Timucuan Ecological and Historic Preserve, un mémorial national conserve le souvenir du lieu, depuis les années 1950. On y a reconstitué le Fort Caroline, à échelle réduite, et un musée permet de faire revivre cette époque, où la France était fortement présente en Amérique.



A lire dans le magazine "American Legend" (mars et juin 2017) le dossier "Les Français qui ont fait l'Amérique".



L'histoire de Fort Caroline (en anglais)

Jean Piat, voix française de films cultes américains


Si la carrière théâtrale et télévisuelle de Jean Piat, disparu à l'âge de 93 ans, le 18 septembre 2018, est connue du grand public, en revanche son activité de doublage l'est moins. Or, le comédien français a prêté sa voix à des personnages cultes, dans des films principalement américains.

Tout commence en 1954, avec le film "Prince Vaillant" d'Henry Hathaway, adapté de la bande dessinée éponyme, dans lequel Jean Piat double l'acteur Robert Wagner, dans le rôle-titre (vidéo ci-dessous). En 1962, dans le film mythique "Lawrence d'Arabie" de David Lean, le comédien français prête sa voix à Peter O'Toole, qui incarne à l'écran le héros britannique légendaire (vidéo ci-dessous). Un acteur que Jean Piat double, à nouveau, dans "Lord Jim" (1965) du réalisateur américain Richard Books, dans le rôle d'un officier de marine qui, abandonnant ses passagers en pleine tempête, se rachète en participant au soulèvement contre un dictateur (vidéo ci-dessous). Jean Piat prête à nouveau sa voix à Peter O'Toole, dans le rôle d'un général allemand, pour le film de guerre "La nuit des généraux" (1967) d'Anatole Litvak (vidéo ci-dessous).

En 1994, Jean Piat entame une carrière dans le doublage de dessins animés, avec "Le Roi Lion" des studios Walt Disney. Il est la voix française du "méchant" Scar, oncle fourbe et cruel du lionceau Simba, qu'il souhaite éliminer, afin de prendre le pouvoir (vidéo ci-dessous). Deux ans plus tard, le comédien est l'archidiacre Claude Frollo, tuteur de Quasimodo, secrètement amoureux de la gitane Esmeralda, dans le dessin animé "Le Bossu de Notre-Dame", adapté de l'oeuvre de Victor Hugo (vidéo ci-dessous).

Mais, pour les plus jeunes générations, Jean Piat, c'est surtout la voix du mystérieux vieillard Gandalf, interprété par l'acteur britannique Ian McKellen, dans la trilogie heroic-fantasy du "Seigneur des Anneaux" (2001-2003) de Peter Jackson, puis celle du "Hobbit" (2012-2014), adaptés de l'oeuvre de J.R.R. Tolkien (vidéo ci-dessous). En 2007, dans le film fantastique "A la croisée des mondes : la boussole d'or" de Chris Weitz, Jean Piat prête à nouveau sa voix à Ian McKellen, dans le rôle d'un ours en armure possédant une force immense (vidéo ci-dessous).

Enfin, Jean Piat fait une incursion dans le western (mais à la française), avec le film d'animation "Tous à l'Ouest" (2007) d'Olivier Jean-Marie, basé sur l'album de Lucky Luke "La Caravane" par Morris et Goscinny. Jean Piat y est le croque-mort Spike Goodfellow (vidéo ci-dessous), aux côtés de Michael Lonsdale, Lambert Wilson, Clovis Cornillac, Bernard Alane et François Morel.


La chevauchée philosophique de desperados désespérés


Tout auréolé du "Lion d'Argent" de la mise en scène, décerné par la  Mostra de Venise, le western "Les Frères Sisters", du réalisateur français Jacques Audiard, sort le 19 septembre 2018 en salles

Adapté du roman éponyme du Canadien Patrick deWitt, paru chez  Actes Sud, le film raconte le périple, entre Oregon et Californie, de deux frères, hommes de main d'un richissime homme d'affaires ayant pour mission de se rendre dans une mine d'or, afin de s'assurer que son propriétaire est bien sur le point de mourir. Périple agrémenté de nombreuses rencontres et de duels au revolver, qui amène Eli et Charlie Sisters à réfléchir au sens même de leur vie.   

En effet, plus qu'une banale aventure westernienne - exceptés les paysages et l'époque (1851) - le roman est un véritable conte philosophique de l'Ouest, narré par deux desperados désespérés. Certains  diront que ces deux personnages sont un croisement entre les héros westerniens d'Elmore Leonard et les comiques Laurel et Hardy, dans leurs sketches les plus sombres. 
 
Le tournage s'est déroulé, non pas aux Etats-Unis, mais en Espagne. Notamment, dans les décors naturels de la région d'Almeria et de Tabernas (Andalousie), où de nombreux westerns, notamment de Sergio Leone, y ont été filmés, dans les années 1970. Des séquences complémentaires ont été tournées dans les environs de Bucarest (Roumanie).

Au générique, parmi les rôles principaux, on trouve Joachim Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed et John C. Reilly, qui a racheté les droits d'adaptation du roman éponyme de Patrick deWitt. C'est l'habituel complice de Jacques Audiard, Thomas Bidegain, qui a co-écrit le scénario. Celui-ci fait la part belle aux chevauchées et aux fusillades, chères aux classiques du genre. "Les Frères Sisters" est également projeté le 22 septembre 2018, dans le cadre du festival America de Vincennes (Val-de-Marne)  en présence de Patrick deWitt.


 

Festival America 2018 : au coeur du Grand Ouest


Du 20 au 23 septembre 2018, le festival littéraire "America" de Vincennes (Val-de-Marne) permet de rencontrer 70 écrivains Nord-Américains, à l'occasion de dédicaces, mais aussi de débats thématiques. Nous en avons sélectionné quelques uns, en rapport avec les grands espaces de l'Ouest et ceux qui y vivent. 

Canada, Premières nations : histoire douloureuse et renouveau 
Comme aux Etats-Unis, les peuples autochtones du Canada ont été progressivement dépossédés de leurs territoires, par la signature de traités non respectés et l'exil vers des réserves. A cela s'est ajouté une politique d’assimilation, notamment, par l'envoi des jeunes Amérindiens dans des pensionnats. Au point de causer d'importants traumatismes. Depuis, le Canada a entrepris une démarche de réconciliation en permettant aux communautés autochtones de retrouver certains de leurs droits ancestraux. Ce qui permet à ces dernières d'apporter leur contribution, tant sur le plan artistique que celui de la défense de l’environnement. Ce dont viendront témoigner les Amérindiens Naomi Fontaine, Julian Brave NoiseCat, Smithx Cowboy et Gyasi Ross.
 

Les Grands espaces 
Des Grandes Plaines à l’océan Pacifique, en passant par les Rocheuses, l’Ouest incarne une autre manière d’être reflétant une histoire particulière. Trois écrivains de l’Ouest canadien, Guy Vanderhaeghe, John Vigna, D.W. Wilson, évoquent leur attachement à une région qui est au cœur de leurs ouvrages. 

O… comme Ouest 
Patrie du western, l'Ouest par sa grandeur et la beauté de ses paysages, est un lieu incontournable de l'imaginaire américain. Devenu un mythe pour des générations d'écrivains et de cinéastes, l'Ouest authentique existe-t-il toujours ? Pour en débattre, les écrivains Ivy Pochoda, Guy Vanderhaeghe et Claire Vaye Watkins.

N… comme Nature : le grand dehors
La nature n’est pas qu’un simple décor, mais un personnage à part entière de la littérature américaine, qui dicte sa loi aux hommes. Que représente-t-elle pour un écrivain ? Possède-t-elle une langue et un vocabulaire particuliers ? Faut-il la connaître et la fréquenter pour en connaître les mystères ?  Christian Kiefer, Eric Plamondon et Gabriel Tallent, trois écrivains qui font de la nature le cœur même de leurs romans, tenteront d'y répondre.

W... comme western 
Trois écrivains connaisseurs des plaines de l’Ouest débattent de ce  thème : Patrick deWitt, auteur du roman « Les Frères Sisters » (Actes Sud) - dont l’adaptation au cinéma par Jacques Audiard, est projetée lors du festival. Hernan Diaz, qui, avec « Au loin » (Delcourt) réinvente le western, en narrant les péripéties d’un jeune émigré suédois traversant les Etats-Unis d’Ouest en Est, à contre-courant du flot des colons, afin de retrouver son frère. Guy Vanderhaeghe qui, dans « Comme des feux dans la plaine » (Albin Michel), raconte les aventures d’un ancien officier canadien retiré au Montana, obligé de jouer l’agent de liaison du gouvernement américain, afin d’amener le chef Sioux Sitting Bull, réfugié avec ses guerriers au Canada, à se rendre.


Festival "America" du 20 au 23 septembre 2018 à Vincennes (Val-de-Marne)

Magazine American Legend : une rentrée complètement à l'Ouest


Le numéro de rentrée 2018 d'American Legend, magazine français de référence sur l'Ouest américain, vous emmène au Nebraska. Situés au centre des Etats-Unis, les vastes espaces de cet Etat, avec ses falaises de grès et ses immenses dunes des Sand Hills, ont vu défiler des centaines de milliers de pionniers et de colons.

American Legend vous propose également de tout savoir sur la turquoise, cette pierre bleu-vert aux pouvoirs dit-on magiques que les Amérindiens du Sud-Ouest des Etats-Unis continuent à honorer et à façonner, sous forme notamment de bijoux. 

Comme à chaque numéro, American Legend vous fait découvrir un peintre de l'Ouest. Pour cette rentrée 2018, le magazine évoque la vie et l'oeuvre indianiste de Karl Bodmer. Si celui-ci n'a effectué qu'un seul périple dans l'Ouest américain, ses illustrations réalisées sur le vif ont longtemps façonné l'image des Amérindiens auprès des Européens.

Mais, l’Ouest américain ne serait pas, sans ses personnages de légende. Ce numéro de rentrée nous entraîne dans les pas de Daniel Boone, le "bagarreur du Kentucky". Modèle parfait du coureur des bois, au moment où les colonies d'Amérique proclament leur indépendance, il contribue par ses exploits, à l'extension de la Frontière.


American Legend vous propose également de mieux faire connaissance avec les éclaireurs Indiens Crows et Arikaras du général Custer à la bataille de Little Big Horn (Montana). Comme à chaque numéro, vous retrouverez la fiche cinéma western, dédiée, en cette rentrée, au sublime "Winchester '73" (1950) d'Anthony Mann, avec James Stewart. Dédié à la carabine à répétition la plus emblématique de la conquête de l'Ouest, ce film condense tous les stéréotypes du genre. Le magazine français de référence sur l'Ouest américain vous plonge également en pleine fièvre de l'or, en Californie, au 
milieu du 19e siècle.

Enfin, le numéro de rentrée 2018 d'American Legend est l'occasion de découvrir une nouvelle rubrique, consacrée à la musique country. L'occasion de faire un tour d'horizon des sorties d'albums les plus récentes, en compagnie de Jacques Mouchet, l'un des meilleurs spécialistes français de ce genre musical. Sans oublier, bien sûr, la chronique bibliographique sur les dernières publications de romans, bandes dessinées et documentaires sur l'Ouest américain.

American Legend n° 19 (septembre-octobre-novembre 2018) en kiosque, sur abonnement ou à la librairie du collectionneur 

Florida : l'histoire d'un drame français en Amérique


Voici une bande dessinée qui nous fait découvrir un épisode peu connu de la colonisation française de l'actuel Etat de Floride (Etats-Unis) au 16e siècle. A son retour d'une expédition dans cette contrée lointaine, le cartographe protestant français Jacques Le Moyne (personnage ayant réellement existé) a épousé Eleonore, la fille de son employeur, à Londres. Mais, visiblement traumatisé par l'aventure qu'il a vécu, il se mure dans un troublant silence, en exécutant des dessins de végétaux.

"Jacques Le Moyne était connu pour avoir participé, en qualité de cartographe, à une expédition coloniale en Floride dans les années 1560", explique Jean Dytar, l'auteur et dessinateur de "Florida". "Mais il a aussi fait carrière à Londres, en tant que dessinateur de fleurs, de fruits, d’insectes ou de petits oiseaux et cela m’a paru comme une évidence !" A travers le destin personnel de ses personnages, Jean Dytar, nous fait partager ce pan oublié de notre Histoire. 

Pour fuir l'intolérance religieuse dont ils sont victimes, les protestants français avaient projeté de créer, en Floride, une colonie pouvant accueillir ceux qu'on appelle alors les "Huguenots". Partie du Havre (Seine-Maritime), en février 1562, l'expédition, forte de 150 hommes, atteint les côtes de la Floride, après deux mois et demi de navigation. Elle y bâtit une ville, Charlesfort, sur l'île de Parris Island. Mais, un an plus tard, abandonnés à eux-mêmes - après le retour de leur chef en France, où les guerres de religions entre Catholiques et Protestants font rage - les trente hommes de la garnison se querellent, incendiant leurs bâtiments. Les rescapés quittent les lieux, en direction des colonies anglais proches ou font naufrage en mer, en voulant rejoindre la France. En 260 pages, "Florida" nous fait revivre cette étonnante aventure.

"Florida" de Jean Dytar aux éditions Delcourt