Vingt ans après sa dernière visite en France - en 1999, lors du festival "Etonnants Voyageurs" de Saint-Malo (Bretagne) - l'écrivain américain Chris Offutt a momentanément quitté son Kentucky natal, pour venir à la rencontre des lecteurs français, à l'occasion de la sortie de son dernier roman "Nuits Appalaches" (Gallmeister). L'histoire d'un jeune vétéran de la guerre de Corée qui revient dans son Kentucky natal, où il croise le chemin d'une adolescente qu'il épouse. Entre trafic d'alcool et préservation de leur famille, Chris Offutt dépeint la destinée de deux êtres, écartelés entre vengeance et rédemption.
Pourquoi
une si longue absence avant de retrouver la France ?
Depuis
tout ce temps-là, trois de mes livres ont continué de paraître en
France, notamment, chez Gallimard. J'ai également écrit des
recueils de nouvelles et trois romans autobiographiques. Mais, il est
vrai que pendant sept ans, j'ai travaillé à Hollywood, afin de
payer les études de mon fils. Quand il a obtenu son diplôme, je
me suis remis à l'écriture de romans. Mais, c'est vrai, j'avais
momentanément mis ma carrière littéraire entre parenthèses.
Vous revenez, avec
un roman,
dont
l'action se déroule
dans les
Appalaches, où
vous êtes né.
Comment
l'idée vous en est venue
?
L'histoire part de mon personnage, Tucker, un vétéran de la guerre de Corée, qui est une guerre oubliée,
complètement ignorée, aux Etats-Unis. Tout comme les gens des Appalaches au
Kentucky sont aussi des oubliés de l'Amérique, vivant dans des
lieux eux-mêmes oubliés. Donc, cela m'intéressait d'évoquer un
vétéran d'une guerre oublié revenant dans un lieu oublié.
Cinquante ans après l'époque à laquelle se déroule l'histoire,
finalement, la situation n'a pas tant changé que cela, dans les
montagnes des Appalaches.
Le héros du roman est une “mule”, qui transporte de l'alcool distillé illégalement. Est-ce une activité qui persiste encore aujourd'hui au Kentucky ?
Oui, il y a toujours un intérêt pour l'alcool de contrebande qu'on surnomme “Moonshine”, autrement dit "distillé au clair de lune", par les bouilleurs de cru. Mais, il y a tellement d'endroits aujourd'hui où l'on peut acheter de l'alcool légal, que cela n'a plus vraiment de sens. Mais, il y a là quelque chose d'un peu vintage finalement, un peu comme la résurgence actuelle pour les disques vinyles (rires).
C'est à la fois une histoire de vengeance et de rédemption ?
Le héros du roman est une “mule”, qui transporte de l'alcool distillé illégalement. Est-ce une activité qui persiste encore aujourd'hui au Kentucky ?
Oui, il y a toujours un intérêt pour l'alcool de contrebande qu'on surnomme “Moonshine”, autrement dit "distillé au clair de lune", par les bouilleurs de cru. Mais, il y a tellement d'endroits aujourd'hui où l'on peut acheter de l'alcool légal, que cela n'a plus vraiment de sens. Mais, il y a là quelque chose d'un peu vintage finalement, un peu comme la résurgence actuelle pour les disques vinyles (rires).
C'est à la fois une histoire de vengeance et de rédemption ?
Je n'ai pas
tout à fait vu le livre comme cela. Pour moi, cest plutôt une histoire de
famille et de loyauté, celle d'un homme bien qui fait de mauvaises choses, mais pour de bonnes raisons, afin de protéger les siens, même si cela
ne fonctionne pas très bien, finalement.
Pourquoi les
personnages de vos livres sont-ils souvent des paumés, des marginaux ?
C'est avant tout une question de géographie. Les Appalaches sont des montagnes au milieu desquelles on est extrêmement isolés, que durant longtemps, on n'a pas pu traverser. Donc on contourne ces montagnes par le Nord ou le Sud, tout en continuant vers l'Ouest, sans s'arrêter, comme l'ont fait les pionniers, lors de la conquête de l'Ouest. C'est ce qui explique notre culture d'isolement, qui est demeurée la même, pendant des années et des années. Comme il n' y pas de route pour traverser les Appalaches, cet isolement est une affaire de géographie, de transport et d'économie aussi. Et c'est le monde dans lequel j'ai grandi. Mais, je suppose que l'on rencontre la même chose dans certaines zones rurales en France.
C'est avant tout une question de géographie. Les Appalaches sont des montagnes au milieu desquelles on est extrêmement isolés, que durant longtemps, on n'a pas pu traverser. Donc on contourne ces montagnes par le Nord ou le Sud, tout en continuant vers l'Ouest, sans s'arrêter, comme l'ont fait les pionniers, lors de la conquête de l'Ouest. C'est ce qui explique notre culture d'isolement, qui est demeurée la même, pendant des années et des années. Comme il n' y pas de route pour traverser les Appalaches, cet isolement est une affaire de géographie, de transport et d'économie aussi. Et c'est le monde dans lequel j'ai grandi. Mais, je suppose que l'on rencontre la même chose dans certaines zones rurales en France.
Chris Offutt lors d'une rencontre avec des lecteurs à la Librairie "Le Livre et la Tortue" à Issy-les-Moulineaux (92) @ H.CIRET |
Pour quelles raisons la nature demeure-t-elle omniprésente dans votre écriture ?
Tout
simplement, parce que j'aime la nature. J'ai grandi au milieu de la
forêt, avec seulement 200 personnes autour de moi, au milieu des
arbres. J'ai toujours trouvé du réconfort en présence des oiseaux,
des arbres, des fleurs, des rivières. Et cela allait mieux que ma
vie de famille, qui, à l'époque n'allait pas super bien. Et c'est
dans des moments comme ceux-là que j'ai toujours trouvé la paix au
milieu de la nature. C'est la première chose à laquelle je pense,
avec le Kentucky, quand j'écris.
Pourquoi, en introduction de ce roman, citez-vous Daniel Boone, l'un des héros de la colonisation américaine ?
Etant le
premier pionnier à avoir pénétré dans les Appalaches au Kentucky,
alors complètement inaccessibles, on l'étudiait à l'école et pour
nous c'était le personnage le plus proche de l'idée qu'on pouvait se faire d'un
héros. Car, au Kentucky, nous n'avons ni sportif, ni homme politique
ou écrivain célèbre. Par ailleurs, Daniel Boone est quelqu'un qui
s'est lié d'amitié avec les tribus indiennes locales, comme les
Choctaws. Or, les autres pionniers n'ont pas eu la même démarche en
étant aussi gentil que lui à l'encontre des Amérindiens. A la fin
de sa vie, il a entendu parler d'une famille qui avait déménagé à
une trentaine de kilomètres de chez lui. Et il a dit : ils sont trop
près de chez moi, je m'en vais et je repars vers l'Ouest (rires).
Seriez-vous un amateur de westerns ?
J'ai toujours aimé les westerns, j'adore ça. D'ailleurs, quand j'étais petit, ma soeur avait une poupée "Barbie" et moi, j'avais "Johnny West", un cow-boy en poupée. Et, aujourd'hui, je suis en train d'écrire une série TV qui se déroulera dans l'Ouest américain, à Dodge-City, où de grandes figures de la conquête de l'Ouest, tels Wyatt Earp, Doc Holliday, Bat Masterson, ont vécu. Aux Etats-Unis, nous admirons toute cette mythologie de l'Ouest, même si on la romanticise un peu, car en réalité, ce sont toujours des histoires de vengeance et de rédemption (rires).
"Nuits Appalaches" - Chris Offutt aux éditions Gallmeister
Propos et photos recueillis par Herve CIRET avec une traduction d'Anatole PONS
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