Les américains ne sont pas les seuls à avoir réalisé des films westerns avant l'avènement du cinéma parlant. Entre 1907 et 1914, de nombreux films muets, mettant en scène des cow-boys et des indiens, ont été tournés en France. Des réalisateurs français tourneront, à nouveau, des westerns dans les années 50/70. Jusqu'à ce que le genre réapparaisse en France, à partir de 2004, avec "Blueberry" et "Les Dalton", puis "Big City" et "Lucky Luke" version Jean Dujardin.
En savoir plus sur les French Westerns dans les n°9 (mars-avril-mai 2016) et n°10 (juin-juillet-août 2016) du magazine "American Legend"
JOE HAMMAN, LE "JOHN WAYNE" FRANCAIS
Joë Hamman |
Des liens
d'amitié se nouent également entre le manadier camarguais et
des indiens participant au spectacle. Certains
d'entre eux viennent en Camargue assister à un lâcher de
taureaux. Cette amitié pour les indiens, Folco va
l'entretenir, par la suite, de façon épistolaire, allant
jusqu'à composer un long poème en provençal condamnant le
génocide de ce peuple.
Quelques années plus tard, Joë Hamman, devenu scénariste, acteur et metteur-en-scène de films d'aventure, reprend contact avec Folco de Baroncelli Au lieu de continuer à tourner ses "westerns" muets dans les carrières de pierres de la région parisienne, Joë propose à son producteur d'utiliser les magnifiques décors naturels du Sud de la France.
Quelques années plus tard, Joë Hamman, devenu scénariste, acteur et metteur-en-scène de films d'aventure, reprend contact avec Folco de Baroncelli Au lieu de continuer à tourner ses "westerns" muets dans les carrières de pierres de la région parisienne, Joë propose à son producteur d'utiliser les magnifiques décors naturels du Sud de la France.
TOURNAGES EN CAMARGUE
Folco de Baroncelli |
A
l'époque, cette proposition tenait de l'expédition au
fin fond de l'Afrique. Les moyens de tournage étaient, le plus
souvent, confinés dans les studios. De plus, peu d'acteurs étaient
assez sportifs pour effectuer leur propres cascades. Les "doublures"
n'existaient pas encore.
Le relief tourmenté des rochers des Baux-de-Provence et les étendues désertiques de la Camargue, aux abords des Saintes-Maries-de-la-Mer, rappellent les paysages du "Far-West" américain.
Le relief tourmenté des rochers des Baux-de-Provence et les étendues désertiques de la Camargue, aux abords des Saintes-Maries-de-la-Mer, rappellent les paysages du "Far-West" américain.
Les
tenues de cow-boys et d'indiens ramenées des Etats-Unis par Joë Hamman, les chevaux et les taureaux camarguais mis à sa disposition
par Folco de Baroncelli et l'habileté de ses "gardians"donnent
un caractère authentique à ces westerns "made in
the South of France". Ceci explique le succès de ces films
auprès du public français, mais également américain.
SCENARIO
DE DEUX PAGES
Le Railway de la Mort (1912) |
C'est
l'époque du film muet. Le scénario tient en général
sur deux pages. Quant aux conditions de tournage, elles sont souvent
rocambolesques, Joë Hamman improvisant souvent certaines scènes.
Ainsi,
l'attaque d'un train est-elle filmée à l'insu des voyageurs,
à l'occasion du passage du petit train à vapeur reliant
Arles aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
Joe
s'approche à cheval d'une voiture à passagers, saute dans
un compartiment et en menace les occupants avec son révolver.
Une vielle dame, croyant qu'il s'agit d'une véritable agression,
assène plusieurs coups de parapluie sur la tête de l'acteur.
La scène, très réaliste, est finalement conservée
au montage.
Le Railway de la Mort (1912) |
Dans
une autre scène, le conducteur de la locomotive doit arrêter
sa machine seulement à quelques centimètres de l'acteur
dont le corps est ligoté sur les rails.
Plusieurs prises sont
nécessaires, si bien que Joë Hamman, resté trop longtemps
exposé au soleil, s'évanouit. Spontanément, le conducteur
de la locomotive agite son mouchoir au-dessus du visage de l'acteur,
afin de le réveiller.
L'opérateur de prise de vues continue
de tourner et la scène est conservée, lors du
montage final.
COW-BOYS
ET GARDIANS
Tournage en Camargue |
Pour
réussir toutes ces cascades, il faut un acteur chevronné,
mais également des figurants (hommes et chevaux) particulièrement
aguerris à ce genre d'exercice. C'est Folco de Baroncelli,
le manadier, ami de Joë, qui les fournit, jouant lui-même,
à l'occasion, le figurant. Ses gardians sont payés à
la journée pour "faire le cow-boy ou l'indien".
Petit à petit, ces derniers se prennent au jeu de ces westerns, plus distrayants et valorisants que leur rude métier de gardien de taureaux à cheval. Au point que le "gardian" camarguais est alors mythifié par le cinéma, au même titre que le cow-boy américain.
Petit à petit, ces derniers se prennent au jeu de ces westerns, plus distrayants et valorisants que leur rude métier de gardien de taureaux à cheval. Au point que le "gardian" camarguais est alors mythifié par le cinéma, au même titre que le cow-boy américain.
La
guerre 14-18 et l'arrivée du film parlant ont raison des films
westerns "made
in Camargue". Au lendemain de la première guerre mondiale,
les producteurs français ne s'aventurent plus dans un style
de films que les américains ont, entre temps, développé
et qui raconte, avant
tout, leur
propre histoire.
WESTERNS
COMIQUES ET LYRIQUES
La
guerre 14-18 a interrompu brutalement le
tournage de westerns français. Seuls
les réalisateurs Julien Divivier (en
1919 avec "Haceldama ou Le Prix du
Sang"), Maurice Cammage (en
1932 avec "La Terreur de la Pampa")
et René le
Hénaff (en 1939, avec "Fort
Dolorès") osent
renouer avec ce genre cinématographique dominé par les américains.
Il
faut attendre les années 1950/1960 pour voir, à
nouveau, des réalisateurs français inspirés par le
western : "Fernand Cow-Boy", interprété
par Fernand Raynaud, en 1956, et "Dynamite Jack",
tourné en 1961 en Provence, dans lequel Fernandel joue, à
la fois, un émigrant français aux Etats-Unis et un hors-la-loi.
Outre le fait d'être l'un des deux seuls westerns tournés
par cet acteur, ce film vaut le coup d'être vu pour la prestation
étonnante de Fernandel qui y interprète les deux rôles
principaux. "J'ai tellement été fâché
de constater que les Américains allaient tourner Marius, sans un
seul acteur marseillais, que j'ai décidé de faire un western
américain, sans un seul Américain...", déclare,
à l'époque, l'acteur.
"Sérénade
au Texas", tourné également en Provence, en
1958, nous offre une version "opérette" du western français,
en compagnie de Bourvil et Luis Mariano , rythmée par la musique
de Francis Lopez.
WESTERNS
DRAMATIQUES
En
1961, Robert Hossein écrit, réalise et interprète
"Le Goût de la Violence", un western
à l'ambiance mexicaine. Puis, en 1969, "Une Corde,
un Colt", tourné dans le désert d'Almeria,
en Espagne, où le "Geoffrey de Peyrac"
de la série des "Angélique"
retrouve Michèle Mercier. Une sombre histoire
de vengeance, agrémentée de belle cavalcades, sur fonds
de paysages désertiques.
En
1977, Claude Lelouch, nous offre sa version "western"
de son
film culte, "Un homme et une femme"
avec "Un autre homme, une autre chance".
Le film raconte le destin croisé de pionniers français
fuyant la violence de l'insurrection de la commune de Paris. Violence
qu'ils retrouveront finalement en Arizona où ils ont
émigré. Geneviève
Bujold et Francis Huster y donnent la réplique
aux acteurs américains James Caan et Richard
Farnsworth (le tendre vieillard à la tondeuse à gazon
de "Une histoire vraie" de David Lynch).
WESTERNS
PARODIQUES
Au
début des années 70, Jean Girault, le réalisateur
de la série des "Gendarmes de Saint-Tropez",
met en scène "Le Juge". Un western
inspiré d'un album de la bande dessinée "Lucky
Luke", qui relate les frasques d'une figure légendaire du
Far-West, le juge Roy Bean. Dans les rôles principaux, le chanteur
Pierre Perret et l'acteur Robert Hossein. En 1971, Christian-Jaque,
réalisateur de la première version de "Fanfan
la tulipe" tourne, en Espagne, un western parodique, "Les
Pétroleuses", avec Brigitte Bardot et Claudia Cardinale,
qui venait de jouer dans "Il était une fois dans
l'Ouest", de Sergio Leone. L'histoire se déroule
à "Bougival Junction", une ville d'émigrants
français au Texas, où les femmes se battent avec les poings. En
2004, Jan Kounen réalise "Blueberry",
adaptation psychédélique, mais réussie, du célèbre
héros de bande dessinée. Tandis qu'en 2005, Eric et Ramzy
nous offrent "leur" version des "Dalton"
et Eddy Mitchell, en 2007, interprète un vieil alcoolique devenu juge de
paix dans "Big City", un western dont les enfants sont
les héros. Enfin, en 2009, c'est Jean Dujardin (Un gars, une fille, OSS 117, The Artist) qui
chausse les bottes du justicier au grand coeur, Lucky Luke, chevauchant Jolly Jumper,
son destrier à la parole ironique.
Herve CIRET
(informations
sur les premiers westerns recueillies, lors de recherches documentaires, d'interviews de descendants
et de proches dans le cadre de la réalisation, en 2003, du documentaire, "Cow-Boys sans retour", produit par Aber Images et diffusé sur Equidia et France 3 Méditerranée. Egalement, à partir du livre
"Les indiens de Buffalo Bill et la Camargue", aux Editions
de La Martinière, 1994. textes : Serge Holtz, Thierry Le François,
Jacques Nisssou, Rémi Venture.
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