Craig Johnson : "Mon endroit favori pour écrire ? Mon ranch dans le Wyoming"


Créateur du personnage du shérif du Wyoming, Walt Longmire, également adapté à la télévision, l'écrivain américain Craig Johnson (photo @Herve Ciret ci-contre) était de passage en France en avril 2018, à l'occasion de la sortie de son dernier roman, "Tout autre nom" (Gallmeister). Après Paris, il est allé à la rencontre de ses lecteurs à Lyon, Brignais, Dijon, Nancy et Lille. 

Après avoir exercé de nombreux métiers (cow-boy, charpentier pêcheur professionnel, policier, professeur d’université), Craig Johnson s'est installé dans un ranch, au Wyoming, près des Big Horn Mountains. Vendus à plus de deux millions d'exemplaires, ses romans sont des best-sellers aux États-Unis. "Un Indien au Phare Ouest" l'a rencontré.


Quelle est votre source d'inspiration ?

L'un des petits secrets de ma manière d'écrire, c'est de puiser mes idées de romans dans la presse locale du Wyoming et du Montana. Mais, également, dans les journaux des petites villes de tous les endroits où je me déplace. C'est ce qui permet d'ancrer les enquêtes du shérif Longmire dans la réalité. C'est pourquoi vous ne verrez jamais mon héros enquêter sur un bateau de croisière ou faire du skateboard. Walt Longmire est confronté à la réalité quotidienne du Wyoming et aux enquêtes qu'un shérif de l'Ouest peut être amené à résoudre. 

Comment vous est venue l'idée de l'intrigue de "Tout autre nom" ?

En lisant les journaux, je suis tombé sur un article évoquant la disparition de trois femmes ayant été kidnappées. Et comme point de départ de mon intrigue, j'ai choisi le suicide d'un officier de police, ami d'un proche du shérif Longmire. C'est son suicide qui déclenche l'enquête, qui, si elle paraît simple au début, va s'avérer beaucoup plus complexe. 

Pourquoi, en introduction de votre dernier roman, avoir choisi cette phrase de Shakespeare, "Ce qu'on appelle une rose, avec tout autre nom, serait aussi suave", extraite de "Roméo et Juliette" ?
 
Effectivement, quand on recherche un indice linguistique pour débuter un livre, c'est facile de se tourner vers Shakespeare, car c'est un auteur tellement incroyable ayant beaucoup écrit sur la condition humaine. C'est également parce que la majeure partie de l'action de mon roman se déroule dans une petite localité qui s'appelle Rosette. C'est également important par rapport aux noms de ces femmes et à l'histoire de cette ville qui ressemble à une rose que l'on cueille, d'où le titre de mon livre.

Pourquoi avoir choisi d'évoquer la disparition de femmes ? 

A travers le monde, les principales victimes de la violence domestique, des crimes physiques sont principalement les femmes. Aussi, pour moi qui ai une épouse, deux filles et une petite-fille, c'est un sujet grave qui m'interpelle. Aussi, Walt Longmire reflète-t-il ce que je ressens sur le sujet. Sachant que la particularité de ce shérif, c'est de prendre en charge les enquêtes dont personne ne veut se charger, en s'attachant à des détails auxquels personne ne prête attention. Et les trois femmes du roman étant des personnes dont la parole est remise en question, Walt Longmire est décidé à mener l'enquête. 

Lorsqu'on vit dans un ranch au Wyoming, est-ce le meilleur endroit pour écrire ? 

Craig Johnson dans son ranch
Evidemment, mon ranch est l'endroit idéal pour écrire. Mais, je suis capable d'écrire n'importe où je me trouve et vraiment cela n'a pas d'incidence sur le succès de mes livres ou de la série TV qui en a été adaptée. J'ai la chance et l'opportunité de faire des tournées, notamment, en France et j'ai la capacité d'écrire dans une chambre d'hôtel, dans le train ou en avion. Mais, j'avoue que mon endroit favori pour écrire, c'est dans mon ranch, avec ma fenêtre donnant sur la North Path, les montagnes du Big Horn, la frontière avec le Montana et le nord de la réserve Cheyenne. C'est mon chez moi, là où se trouve mon coeur, où il est facile de me ressourcer, car c'est l'endroit dont je parle dans mes livres. Même s'il s'agit du comté fictif d'Absaroka, il est vraiment identique à l'endroit où je vis et cela me parle suffisamment fort pour que j'écrive treize romans, des nouvelles, alors que j'estime n'avoir égratigné que la surface de cet endroit. Aussi, c'est une joie pour moi d'offrir une part de mon Wyoming où je vis, aux lecteurs français, qui ne sont jamais allés aux Etats-Unis.

C'est pourquoi les paysages ont une place si importante dans vos romans ? 

Absolument, car c'est la frontière, une région où il y a plus d'antilopes que d'habitants. Aussi, j'apprécie cet isolement et cette sérénité, car c'est vraiment essentiel pour moi. Or, la dernière fois que je suis venu à Paris, j'ai vu tellement de monde autour de moi, tellement de choses à faire et à voir, que je me suis dit Paris est tellement le centre de la culture mondiale que je suis incapable d'y écrire. Avec les téléphones portables, les ordinateurs et les nouvelles technologies, on est amenés à aller toujours de plus en plus vite. Et le fait de pouvoir s'échapper dans les grands espaces sauvages, la nature profonde, cela permet aussi de ralentir sa perception du monde et donc de faire plus attention aux détails. C'est pourquoi c'est une expérience intérieure, d'ailleurs préconisée par les Indiens, afin d'être plus attentif à ce qui se passe autour de nous. 

Robert Taylor : série TV Longmire
Comment expliquez-vous l'atmosphère western de vos romans dont l'action pourtant se déroule au 21e siècle ? 

C'est parce que le Wyoming est toujours le Wyoming, que nous soyons en 1884 ou en 2018. C'est ce qui fait la beauté de l'endroit où je vis. D'une certaine façon, il a changé, les pick-up ont remplacé les chevaux, le téléphone a remplacé le télégraphe, toutes ces nouvelles technologies ont fait que ce n'est plus exactement pareil. Mais, il reste cet immense espace naturel, car le Wyoming est aussi grand que la moitié de la France, mais peuplé seulement de 500 000 habitants. Et cela m'étonne toujours que les gens continuent à me demander : pourquoi Walt Longmire n'utilise pas de téléphone portable ? Eh bien tout simplement parce que la plupart du temps, cela ne fonctionne pas au Wyoming. Aussi, quand j'écris un livre, je m'attache à l'endroit et aux gens qui l'habitent, mais pas à la technologie, ni à la vie contemporaine de nombre de gens. C'est une autre manière de vivre ici et la technologie n'a pas sa place au Wyoming.

Propos recueillis par Herve CIRET, sur une traduction  de Thibault Gendreau (Gallmeister)

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