Disparu le 22 mars 2026, à 87 ans, le dessinateur belge Hermann Huppen aura abordé une multitude de genres de la bande dessinée. Du western avec les séries "Comanche" et "Duke", à la science-fiction post-apocalyptique avec le personnage de "Jeremiah", en passant par la saga médiévale "Les Tours de Bois-Maury". Pilier du journal "Tintin", des éditions Dupuis et du Lombard durant 60 ans, ce dessinateur à l'allure débonnaire a débuté dans le collectif du scénariste et dessinateur belge Michel Greg. C'est avec ce dernier, en 1969, qu'il commence à illustrer la série western "Comanche". L'histoire d'une jeune rancheuse du Wyoming, au 19e siècle, aidée par son contremaître Red Dust, afin d'affronter les convoitises que suscite sa propriété.
En 1977, Hermann se met au scénario en créant la série "Jeremiah", qui se déroule aux Etats-Unis, vingt ans après une guerre thermo-nucléaire qui a, en grande partie, détruit la Terre. Le héros est un jeune fermier, seul survivant de son village, qui est accompagné d'un mercenaire sans foi, ni loi. L'occasion pour Hermann de dénoncer la violence humaine, tout au long des 42 volumes qu'il dessine et scénarise. Lors d'une interview que j'ai réalisée, en 2019, lors de la publication du 3e tome de sa série western "Duke", le dessinateur avouait : "Il m'est difficile de ne pas introduire de la violence dans mes dessins, car, profondément en moi, il y a une certaine violence. Donc, je ne peux pas bien raconter une histoire sans y mettre cette violence. Et sans cette force, j'ai l'impression que mon dessin est mou." En 2001, "Jeremiah" est adapté aux États-Unis en série télévisée.
En 1984, Hermann change d'univers en se projetant au Moyen-Âge, avec la fresque historique "Les Tours de Bois-Maury". En 15 tomes, elle évoque la quête d'un chevalier errant dépossédé de ses terres. Pour les trois derniers volumes de la série, son fils Yves H. le rejoint, pour la première fois au scénario. Une collaboration qui s'est poursuivie pour la série western "Duke". "Lorsque je commence à dessiner un album, mon fils en a déjà écrit le scénario, depuis des mois", m'expliquait Hermann, en 2018, lors de la publication du 2e tome de la série. "Ce qui lui permet à loisir d'en reprendre des passages pour les enrichir. Comme moi, au fur et à mesure que j'avance dans le récit, je le modifie et l'améliore. Je lui fais faire de petits détours, pour revenir ensuite dans le droit chemin, afin de donner du suspense au récit. Cela ne serait pas possible si on l'écrivait d'une traite".
Hermann aura publié pas moins de 120 albums en 60 ans. Une boulimie graphique et scénaristique que le dessinateur expliquait ainsi : "Je pense que c’est génétique, car ma mère avait une énergie inépuisable. A tel point que pour sauver ses enfants, elle aurait attaqué une locomotive avec une fourchette. Toute ma vigueur vient d’elle".
Herve CIRET
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