Félix Régamey, peintre globe-trotter en pays indien


Si l'exposition, proposée jusqu'au 12 mars 2018, par le musée national des arts asiatiques à Paris, est principalement consacrée au périple japonais, chinois et indien du philantrope Emile Guimet et du peintre Félix Régamey, elle aborde également leur traversée des Etats-Unis, de New-York à San Francisco.

Caricaturiste fortement impliqué dans l'insurrection de la Commune de Paris en 1871, Félix Régamey est forcé de s'exiler aux Etats-Unis, après un séjour à Londres, où il fait la connaissance d'Emile Guimet, industriel lyonnais inventeur d'un bleu de teinture artificiel. C'est ainsi que le dessinateur collabore, entre 1874 et 1876, aux deux principaux journaux illustrés américains, le "Leslie's Illustrated Weekly" et le "Harper's  Weekly", les équivalents à l'époque du magazine français "L'illustration". Félix Régamey séjourne à New-York, Boston, Chicago et Philadelphie. C'est dans cette dernière ville que l'artiste retrouve Emile Guimet, à l'occasion d'une exposition universelle. L'industriel lyonnais - qui veut créer un musée dédié aux religions du monde - lui propose de l'accompagner durant dix mois, dans un voyage qui les conduira des Etats-Unis en Inde, en passant par le Japon, la Chine et l'Asie du Sud-Est.


Baptême d'Indiens Shoshones par les Mormons
Le rôle de Félix Régamey est de dessiner sur le vif des esquisses et des aquarelles des personnes rencontrées par Emile Guimet. Ceci, afin de produire des tableaux servant à mettre en valeur les collections d'objets exposés dans le futur musée que l'industriel lyonnais souhaite ouvrir. En Amérique, Emile Guimet et Félix Régamey rencontrent des Mormons ayant christianisé des Indiens Shoshone, ainsi que des tribus Sioux et Gros-Ventre.  "Les opérations militaires dirigées contre les Peaux-Rouges et les scènes de carnage qui ensanglantent le Far-West américain ne laissent personne indifférent", écrit le peintre, dans un article du "Monde Illustré", consacré aux derniers Peaux-Rouges. "Nous assistons  aux dernières convulsions d'une race qui s'éteint et qui défend - non plus son indépendance - mais la vie matérielle, que les envahisseurs lui rendent impossible. C'est la lutte suprême contre une civilisation dévorante et destructrice." Leur traversée des Etats-Unis les amène aussi à rencontrer des membres de la secte protestante des Shakers, précurseurs du communisme.

Illustration de l'Union Pacific Railroad
De retour en Europe, Félix Régamey revient aux Etats-Unis, entre 1879 et 1881,  afin d'enquêter sur les méthodes d'enseignement du dessin, à la demande du département français de l'instruction publique. Une mission qui permet à l'artiste de parcourir les USA, de New-York à Saint-Louis (Missouri), en passant par Baltimore (Maryland) et La Nouvelle-Orléans (Louisiane). L'occasion pour Félix Régamey de peindre des paysages, mais également les Chinois vivant en Amérique, ainsi que des Amérindiens.  

En 1881, Félix Régamey fait partie de la délégation française célébrant le centenaire de la bataille de Yorktown, victoire décisive de la guerre d'Indépendance américaine. Au salon de 1882, l'artiste expose plusieurs toiles inspirées de ses voyages aux Etats-Unis. En 1891, certains de ses dessins issus de ses séjours dans l'Ouest, sont publiés dans des journaux, afin d'illustrer les affrontements entre les Indiens et l'armée américaine.
 
Longtemps oubliées dans les réserves, les toiles de Félix Régamey, réalisées à la suite de son périple aux côtés d'Emlle Guimet, ont été restaurées durant deux ans, afin d'être présentées lors de l'exposition "Enquêtes vagabondes, le voyage illustré d'Emile Guimet en Asie", proposée jusqu'au 12 mars 2018, par le musée national des arts asiatiques à Paris. Félix Régamey a été inhumé, en 1907, au cimetière du Bois Tardieu, à Clamart (Hauts-de-Seine), aux côtés de ses deux frères Guillaume et Frédéric également artistes et de l'épouse de ce dernier, l'écrivaine Jeanne Rival.

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